

Comme beaucoup d’entre vous le savent, Ludovic Escande est éditeur chez Gallimard et il dirige la collection « L’Arpenteur » dans cette même maison. Néanmoins, c’est avant tout de l’écrivain dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui.
Après nous avoir portés sur les sommets alpins (cf. « L’ascension du Mont-Blanc » ed. Allary), Ludovic Escande nous offre dans ce dernier ouvrage un autre paradigme de l’escalade.
Il semblerait que la thématique de l’élévation soit un moteur de son écriture Il existe une expression qui dit “s’en sortir par le haut” et c’est ce qui me semble être la parfaite illustration de ce récit.
Le monde dans lequel nous vivons est dur, froid, implacable et il paraît si difficile de s’en extraire sauf à vouloir regarder au-dessus de soi ! Ludovic a trouvé une échappatoire, il escalade la nuit avec son complice Vincent (Sylvain Tesson, si reconnaissable…) les toits de ce Paris qui se veut double, à la fois si frénétique en bas et si calme en haut.
Car c’est de cela dont il s’agit : d’escalades urbaines nocturnes ! Ludovic traverse les toits comme il traverse les contingences d’une vie pas toujours simple : avec délicatesse et attention. Il semble comme hors du monde et porte sur cette ville un regard parfois dépité mais curieux et amoureux malgré tout.
Ce livre est habité d’une grande nostalgie. La nostalgie d’un amour qui se meurt, des enfants qui grandissent trop vite, d’un Paris oublié, d’activités nocturnes faites de complicités et de partages littéraires. Quoi de mieux que les toits pour réciter du Rimbaud, penser à la bande de Prévert et soupirer sur ce temps terrible qui passe sans même nous attendre ? Et les nouvelles amours ne font rien à l’affaire !
J’ai retrouvé dans ce récit et cette écriture en particulier, la sensibilité d’un homme aux prises d’une vie qui parfois le dépasse, lui donne le vertige, dont il n’a pas toujours le contrôle et qui est prêt à sortir de sa zone de confort pour retrouver un peu de respirations. Ce qui est une similitude avec son ouvrage précédent. L’évocation des toits de Paris comme un no man’s land attitré, un terrain de jeu privé où la contemplation l’emporte sur la frénésie, cette évocation dis-je, est belle et traduit une acuité toute particulière sur les mouvements urbains. C’est exactement cette douceur et cette sensibilité que j’aime le plus chez Ludovic Escande.
Non seulement la lecture de ce livre est élévatrice (!!) mais en plus, elle ramène à l’enfance, à l’adolescence au goût de l’interdit. La découverte et le dépassement de soi. Ludovic craint le vide (même s’il dit l’avoir maintenant dompté) et pourtant, il s’accroche et suit son camarade avec bravoure en plaçant en lui, le plus humain des sentiments : la confiance !
J’aimerais souligner qu’il y a également dans l’écriture de ce récit beaucoup de poésie et un petit goût « Delerme » avec la description d’odeurs, de couleurs, d’émotions et de toutes petites choses intimes que nous partage généreusement Ludovic Escande !
A le lire, j’ai retrouvé une part d’un souvenir lointain où, a contrario, de Ludovic, et bien que claustrophobe, je plongeais dans les entrailles de Lyon à la découverte de souterrains cachés aiguisant nos curiosités « d’adulescents » en faisant de ces lieux des aires de pique-nique si peu ordinaires ! Mais c’est une autre histoire…
Je vous invite grandement à vous procurer ce livre que vous soyez à la plage ou chez mamie. Je vous le promets : vous en sortirez grandis !
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« Il flotte dans cette époque comme un parfum de désastre amoureux, qui contamine nos élans, et je ne peux pas faire semblant de l’ignorer… »
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« On jouit d’une telle liberté au-dessus des toits que, le temps de la contemplation, l’esprit se déleste des soucis. »