« Cumulonimbus » de Luc-Michel FOUASSIER

Du sol au plafond… des chaussons aux cumulonimbus, il n’y a qu’un pas (de géant) que vient d’effectuer avec talent, Luc-Michel Fouassier (le frère de l’autre Fouassier, Eric. Le talent, chez ces deux-là, c’est dans les gènes !) en nous offrant ce magnifique petit roman aux éditions Julliard, « Cumulonimbus« .

On y retrouve ce qui fait la patte de Luc-Michel. Une écriture poétique, libre, presque sensuelle où le petit côtoie le grand. Un livre très différent, de son roman « Les pantoufles » que j’avais beaucoup aimé aussi. Si le ton en est plus grave, l’écriture, elle, par son rythme, son vocabulaire et sa structure reste la même et c’est tant mieux, car c’est aussi ce qu’on aime chez Luc-Michel Fouassier.

Une photographe est à la recherche de sa fille, Calypso, qui a disparu sans crier gare ! Une fugue qui commence à être longue… Non seulement la mère cherche la fille, mais elle se cherche aussi elle, en tant que mère. Étonnant, cette écriture au féminin pour un auteur masculin. J’avoue que j’ai trouvé l’exercice sacrément joli et rudement bien mené. Car il s’en passe des choses dans la tête d’une mère, d’une femme et d’une artiste… Cette mère (narrative du livre) décide de faire un livre sur les paréidolies (l’identification d’un schéma familier dans un nuage, un paysage, de la fumée, etc. ), un excellent travail pour un photographe, mais également pour elle, la bonne excuse pour s’éloigner de chez elle et filer en Auvergne (youpi !) où elle sait qu’elle pourra se rapprocher de ses souvenirs avec sa fille et surtout avec son ex-petit ami, qui peut-être, lui en dira plus sur le sort de Calypso.

C’est le roman de l’introspection, du silence et de la quête de soi, mais aussi de l’apaisement, de l’odeur de pluie après l’orage. Ce roman n’est pas triste pour autant. On y perçoit la lumière de la belle Auvergne, les couleurs, les odeurs et ce qui caractérise Luc-Michel, cette tendance à la méditation, à l’observation. Les nuages, qui ne sont qu’un petit prétexte au récit, offrent à notre photographe un support à sa pensée, l’amenant à se questionner sur les erreurs d’éducation qu’elle a pu faire avec sa fille. On se trouve là dans l’humble quête d’une mère et de son désir d’honnêteté intellectuelle.

Bien entendu, je ne vous en révèle pas la fin, car j’espère bien que vous aurez la curiosité d’aller le lire !! Mais croyez-moi, ce roman vaut le détour, il vous poussera à ralentir, à lever le nez de vos pantoufles et à regarder les nuages d’un nouvel œil…

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« Comme dans de nombreuses villes, la place centrale, l’Agora, ce lieu de rassemblement pour échanger, partager, frémir à l’unisson pour de grands évènements, reposait essentiellement sur du vide. À la manière de nos vies qui se construisent sur des malentendus, des non-dits, des lâchetés, tout en laissant l’essentiel de côté« .

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« Les cumulonimbus se sont agglutinés, la tension est montée irrésistiblement, l’orage a fini par éclater. Et Calypso a disparu. »

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« Pourquoi onze ? Pourquoi t’avais-je attribué cette note plutôt qu’une autre ? Comment se faisait-il que, moi ta mère, je ne t’avais pas gratifiée, même en imagination, d’une note plus élevée ? La réponse m’est apparue d’une terrible évidence et m’a taraudée jusqu’à la fin de la soirée. Depuis que tu étais petite et en âge d’être comparée aux autres, je n’avais pas souvent été capable de te valoriser. Inconsciemment, je t’avais toujours attribué cette note de onze. Tout juste mieux que la moyenne ».

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