La chaleur du double-foyer dans « ZU » de Luc-Michel Fouassier

Je viens de terminer le dernier petit opus de Luc-Michel Fouassier “ZU” (Editions « L’arbre vengeur » – 2025). Vous allez me dire « encore lui ? » et bien oui, quand on aime, on ne compte pas les chroniques ! et j’avoue encore une fois avoir été particulièrement touchée (que dis-je ? Eblouie plutôt !) par son écriture.

Ce titre doit son nom à l’échelle de Monoyer qui permet de tester l’acuité visuelle en ophtalmologie, les deux dernières lettres étant le Z et le U… « ZU » allait donc de soi pour un ouvrage sur la myopie et ses conséquences…

L’écrivain tantôt drôle, railleur, moqueur (y compris de lui-même) et tellement tendre sur le fond, nous livre le récit autobiographique d’un homme et de ses difficultés à vivre dans un monde où sans lunettes, tous les contours sont flous…. En effet atteint dès son plus jeune âge de myopie, Luc-Michel doit composer avec une paire de lunettes qui ne quitte pas son nez…. Tantôt un fardeau, tantôt un réel avantage pour éviter certaines besognes !! Les anecdotes sont cocasses, mais empreintes de vérités !

Avec un tel artifice, l’adolescence n’est pas tout à fait la même…. Complexes et timidités sont décuplés quand, en plus, on porte des carreaux sur le nez !! Luc-Michel Fouassier parle avec drôlerie de ces instants délicats dans la vie d’un jeune garçon, en proie aux difficultés d’un âge que l’on dit “ingrat”…Imaginez quand, en plus, vous portez des lunettes à “gros calibre” !

J’ai une tendresse infinie pour ce petit bonhomme et pour l’homme qu’il devient. D’abord, parce que j’ai dû porter des lunettes dès 12 ans et que je comprends très bien par quoi il a dû passer, ensuite parce que malgré ses mésaventures, il est particulièrement attachant ! On aurait presque envie de le prendre dans ses bras pour le consoler.

J’ai beaucoup aimé le passage qui nous relate (très sérieusement) l’invention et l’histoire de la lunette !! et j’ai surtout été touchée que notre écrivain n’oublie pas d’en remercier les créateurs au fil du temps !

C’est le livre des “opti”…. Opticiens et optimistes ! Les uns vous vendront du rêve à grand coup de “montures légères”, les autres vous montreront que tout obstacle peut être source de création ! Il faut sans cesse chercher des stratagèmes et se réinventer pour, malgré tout, garder un peu de dignité ! Gérard Collard a raison, ce récit est “jubilatoire” !

C’est un autoportrait touchant et drôle, parsemé de références littéraires, (ceux qui savent, savent…) qui transforment un handicap en un vaste champ des possibles.

Je retrouve là l’écrivain des “Pantoufles”… Non seulement il n’écrit pas avec les pieds mais en plus, le double-foyer multiplie l’art du détail… Un écrivain, disais-je, dont la drôlerie n’est que le prétexte pour camoufler une élégante pudeur avec une écriture particulièrement légère et humaniste.


Parfois, quand on voit, ce qu’on voit… n’est-il pas préférable de mettre une vitre entre-soi et le monde ?

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