Et que vivent les Prix Littéraires !

Prix inter, Prix Orange, Prix des lectrices de Elle Magazine, Prix des libraires, Grand Prix de l’imaginaire, Prix de la maison de la presse, Prix Goncourt, Prix Goncourt 1er roman, Prix Goncourt de la nouvelle, Prix Goncourt de la biographie, Prix du Livre audio, Prix des Lycéens, Prix Fnac, Prix Interallié, Prix de l’Académie Française, Prix de Flore, Prix Médicis, Prix Médicis étranger, Prix Médicis essai, Prix Fémina, Prix Quai des Orfèvres, Prix RTL, Prix France Télévision, Prix Blu – Jean Marc Robert, Prix Jean Anglade, Prix de la vocation, Prix de littérature Paul-Morand, Prix Renaudot, Prix Artémisia, Prix Arsène Lupin, etc. etc. etc….

On estime à 2000 le nombre de prix littéraires en France, ce qui est énorme ! et encore chaque année des prix se crées et d’autres disparaissent. 

La France est un pays de Lettres, ce qui ne veut pas dire que les autres pays ne le sont pas, mais simplement que notre culture, qui inclut aussi bien la gastronomie que le parfum, passe avant tout par la littérature et la langue qui y tient une très grande place.

Pourquoi avons-nous besoin d’autant de prix ? Bien sûr, ne soyons pas dupes, les prix font vendre ! Mais au-delà de l’aspect marchand, il nous faut des prix parce qu’il nous faut des champions ! Nous avons fondamentalement besoin de héros et de héros prestigieux, car, on ne va pas se mentir, le vainqueur du lancée de Charentaises fait moins rêver que le lauréat du prix Goncourt…ce besoin est inscrit dans notre ADN !  

Encore faut-il que le héros soit solide ! Nathalie Heinich, sociologue, chercheur au CNRS, a étudié le phénomène de “l’après”. Dans “L’Épreuve de la grandeur, prix littéraires et reconnaissance” (La Découverte), elle a sondé sept lauréats (Jean Rouaud, Michel Tournier, Andreï Makine, Jacques Chessex, Jean Carrière…) et analysé la façon dont ils ont vécu leur nouvelle célébrité. Le constat est édifiant : la jouissance peut être souffrance; la renommée, la pire des épreuves surtout quand on n’y est pas préparé. Car tout peut se jouer sur une journée !! Aussi lorsque l’on a obtenu un Prix, on passe aussitôt du haut de l’affiche à l’étagère de la bibliothèque. Très peu d’écrivains se retrouvent dans d’autres Prix, sitôt qu’ils en ont gagné un ! C’est après que le travail commence, car il faut continuer à exister et ce n’est pas simple ! 

On fait parfois le reproche aux Prix littéraires de privilégier telle ou telle maison d’édition plutôt qu’une autre, boostant ainsi les ventes d’un éditeur…ce n’est plus tout à fait vrai, même s’il y a quelques années on aurait pu se poser la question, mais aujourd’hui il faut plutôt y voir un “Yalta annuel” des maisons d’édition entre elles, car si l’une n’a pas le Goncourt, elle aura celui de l’Académie française ou le Renaudot et l’on sait que, bon an, mal an, les ventes de livres se tiennent quelque peu entre les différents prix de rentrée….Néanmoins on peut regretter que des maisons, comme Verdier, ne soient jamais dans les palmarès, ou d’autres encore, moins connues. Pourtant, sans tomber dans le cliché, les petites maisons d’édition font le même travail que les grandes et avec moins de moyens ! 

En devenant exigeant avec les Prix littéraires, on leur demande que le qualitatif l’emporte sur le quantitatif. On leur demande plus d’ouverture et d’originalité, de sortir de “l’entre-soi” et d’être dans l’accueil et ce faisant, on rend service à toute l’industrie du livre, pour que le lecteur, en bout de chaîne ne vienne pas seulement chercher un label, mais l’accès à un univers qu’il ne connaît pas. 

Une libraire me confiait il y a peu, chercher les “à côté”, les fugitifs littéraires, ceux dont on ne parle pas souvent et qui pourtant sont de véritables petites pépites. Des écritures délicates et fines que l’on ne trouve pas en tête de gondole et que l’on ne verra donc que très rarement dans les listes des prix littéraires.

La course aux livres de rentrée, juste avant les prix littéraires d’automne, devient déraisonnable. On compte parfois entre 600 et 700 livres sortis à la même période. Un véritable piège pour les premiers romans qui, souvent, passent à la trappe. Le pire étant de sortir un premier roman au mois au mois de juin…Il ne faut pas oublier non plus que 30% du chiffre d’affaires des librairies est fait à Noël et qu’une bonne partie se fait avec des ouvrages de Prix littéraires..Tout cela est donc bien pensé n’est-ce pas ?? 

Mais soyons lucides, choisir c’est faire un sacrifice ! et forcément, les perdants sont plus nombreux que les élus ! Néanmoins, les prix sont une bonne chose, car ils cristallisent un moment important autour des livres, ils en font une fête et ils permettent l’émergence durant un temps d’une agora bruyante autour de la création. J’entends par là, qu’ils créent directement ou indirectement du lien social. Par ailleurs, étant prescripteurs, leur rôle économique est essentiel, en effet les Prix littéraires participent à la défense des métiers du livre et permettent la reconnaissance du travail d’un écrivain, face à une industrie d’auto-édition opportuniste qui veille dans l’ombre…

Et enfin, tout ce qui nous permet de poser un moment nos écrans et de prendre un livre, doit être salué et encouragé !! Que vivent encore longtemps les Prix littéraires, nous en avons besoin !! 

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