« Traboule pour l’enfer » – Patrick MALLET

Un corbillard se fait braquer au petit matin, alors que l’avion qui le transportait vient juste de le débarquer. Le braquage est violent et le cercueil qu’il contient disparaît dans la nature… Le commandant Jordan Black, spécialiste des vols avec violence, et son équipe sont chargés de l’enquête… Une question centrale habite les enquêteurs : que pouvait-il contenir, ce cercueil, pour qu’il soit ainsi la convoitise de malfrats lyonnais prêts à tuer pour s’en emparer ? Toute l’équipe de Jordan se met alors en action afin de retrouver le corps du défunt. Tel est le début de ce roman policier palpitant.

La ville de Lyon (ma ville natale) est également un personnage à elle entière dans ce récit. Les quartiers sont nommés, ils défilent devant nos yeux et Patrick Mallet les cite à chacun de ses chapitres. (Aéroport de Lyon-Bron, quartier d’Ainay, Vénissieux, les Monts d’Or…). Mais ne nous trompons pas, il ne s’agit pas seulement d’un roman régional, mais bien avant tout d’un roman policier !! (Et non pas « un thriller » dont je déteste l’appellation). D’ailleurs, comme le dit si bien Patrick Mallet, « toute rue dans une ville a connu un fait divers à un moment ou un autre ». Ce roman aurait pu se passer ailleurs qu’à Lyon, néanmoins je me suis réjouie d’y avoir retrouvé ma ville.

Au-delà de l’intrigue policière et de la guerre que se livrent les gangs, ce roman met en avant la dimension humaine du métier de flic et la tentation du chaos :

Le quotidien d’un flic n’est pas de tout repos. Entre danger, tension, décisions instinctives, tout, y compris ses propres pensées, déborde forcément sur sa vie privée.

Le commandant Jordan Blak est hanté par un passé de jeunesse inavouable qui refait surface et menace son équilibre, le plaçant face au choix entre ce passé sombre et son bonheur présent.

David, son coéquipier, voit Jordan sombrer dans les travers qu’il avait pourtant mis de côté… Le récit s’attarde sur ces liens d’amitié, de solidarité et d’entraide que le danger fait naître.

La résolution de cette enquête passe par tout un tas de techniques mises en place pour résoudre l’irrésolvable… Nous en apprenons plus sur ce métier magnifiquement humain, mais aussi technologiquement avancé.

Aucun ennui dans ce roman ! On rebondit à chaque page ! Le rythme est soutenu et le texte est vivant. Pour un premier roman, c’est une belle réussite ! Non seulement c’est bien écrit, mais c’est également bien construit !

Patrick Mallet connait bien son sujet, puisque lui-même fut commandant de police et qu’il connait bien le milieu lyonnais, mais également les techniques d’enquête, et il nous raconte tout ça avec détails et précisions. L’homme est habité par un métier qui ne vous quitte jamais réellement…

Ce roman m’a touché plus personnellement, car le vocabulaire employé est celui que j’ai entendu durant mon enfance, mais également, car il me ramène à l’ambiance des commissariats, à l’odeur du papier carbone, de la cire de scellé, de la poussière des étagères et de tout ce qui faisait vibrer mon cœur, quand je regardais avec de grands yeux pétris d’admiration le plus grand flic pour moi et le meilleur bien évidemment : mon père, mon héros !

===========================================

« Sa tasse à la main, Pruvost descendit une nouvelle fois au sous-sol et se planta à l’arrière du fourgon, porte ouverte. Il enrageait. Leur plan était pourtant parfait. Il touchait au but. Il n’avait plus qu’à récupérer la marchandise pour la livrer au commanditaire. Il contempla le matériel qui encombrait l’arrière de la camionnette, il se demanda ce qu’il allait bien pouvoir en faire désormais… »

« David respira profondément avant de pousser la porte de la chambre. Il fallait qu’il fasse bonne figure devant Clément. La griserie du pilotage n’avait pas suffi à recentrer ses émotions et il avait gambergé pendant tout le trajet, perturbé par les images qui défilaient dans sa tête ».

En empruntant le couloir qui menait à l’escalier, il remarqua à l’autre bout Jean-Louis Mangin et Sofiane Brahimi flanqués du procureur de la République qu’ils étaient allés réveiller. David s’avançait à leur rencontre quand son regard fut attiré par un cadre photo posé sur la desserte. Il eut le souffle coupé, comme s’il venait de recevoir un direct au plexus. Il se positionna de façon à disséminer l’objet, arracha la plaque arrière qui se brisa en plusieurs morceaux et récupéra le cliché qu’il plia à la hâte avant de le glisser dans sa poche. »

« Traboule pour l’enfer » – Ed. « Les passionnés de bouquins » – 2025

Laisser un commentaire